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I’m Gary Fucking King

(Attention spoilers de The World’s End)

J’ai vu The World’s End pour la troisième fois. Et pour la troisième fois je me retrouve les larmes aux yeux devant Gary King. Ce personnage qui n’a pourtant rien pour lui, qui est dépeint au début comme un connard, comme un ressort comique, qui exploite ses amis, est tellement convaincu de son propre charme que quand la soeur de son pote va aux toilettes, il prend ça pour une invitation à venir la rejoindre pour une séance de baise en douce.

Et si j’aime vraiment ce personnage, si je le trouve émouvant et s’il m’évoque beaucoup de choses, c’est parce que je m’y retrouve en partie.

Suivant à qui on s’adresse on n’aura pas le même portrait de moi. Certains me diront drôle, gentil, attentionné, charmant peut-être. D’autres (voire les mêmes, c’est pas incompatible) diront connard, immature, irresponsable, égoiste, égocentrique ou irrespectueux. Dans la réalité les gens sont bien trop complexes pour être résumés à une facette de leur personnalité.

Je suis un inadapté social. Le genre de mec qui peut rester dans un coin d’une pièce à boire sa bière sans trop oser parler aux inconnus. Et il y a quelques années, j’ai déménagé à plus de 200km de ma ville natale et de mes amis. Puis mon couple s’est cassé la gueule et mon monde s’est écroulé. J’étais dans une ville où je ne connaissais quasiment personne, perdu, une partie de mon avenir évaporé.
Je me suis fabriqué un masque, un personnage, basé sur une version de moi plus attirante au premier abord. Toujours déconneur, prêt à sortir, à parler, toujours présent. Une façon pour moi de fuir. Un masque de joie et d’humour cachant un dépressif incapable de trouver un sens à sa vie, à la mémoire sélective, et avec l’idée ancrée dans son esprit qu’il ne serait plus jamais aussi heureux qu’à une certaine époque de sa vie.

Gary King n’est pas un simple connard. C’est un adolescent. C’est un personnage dramatique et triste. Un mec brisé, dont les rêves se sont envolés, qui n’a aucun but dans la vie, aucun espoir, et se rattache au seul moment de bonheur dont il est capable de se rappeler, le fameux Golden Mile.
Il n’a aucune notion des responsabilités inhérentes à la vie d’adulte, ni des conventions sociales qui la régissent. Il agit avec Sam de la seule façon qu’il connaît, comme un ado, alors qu’il est évident qu’il a de vrais sentiments pour elle. Il manipule ses amis par désespoir, pour tenter de reconstruire une partie de lui-même, pour tenter d’être heureux à nouveau en reproduisant à l’identique le pub crawl de sa jeunesse. Il cache sa profonde tristesse derrière cette attitude désinvolte et irrespectueuse parce qu’il ne sait pas comment faire autrement.
De la même façon son amour pour Sam, qu’il est incapable d’exprimer autrement qu’en voulant la culbuter dans les toilettes, est rattaché à cette période de sa jeunesse qu’il essaie de recréer. Et c’est avec difficulté qu’il la laisse partir tout en ne pouvant pas se résoudre à abandonner le seul souvenir d’affection, assez miteux, qu’il partage avec elle. «We’ll always have the disableds»

Derrière son égo démesuré se cache (et c’est souvent le cas) un manque de confiance en lui, il compense, il cherche l’attention. C’est encore une fois quelqu’un de brisé, de perdu, qui veut exister, et qui veut qu’on reconnaisse son existence.

Oui, il se comporte comme un connard, il ment, il manipule. Il préfère s’enfoncer dans les mensonges et la mauvaise foi que d’être pris en défaut. «You’re never wrong.» Et quand tout se barre en couille, plutôt que de quitter la ville comme n’importe qui le ferait, il reste sur ses rails, persuadé que malgré tout qui s’écroule autour de lui il peut encore être heureux s’il finit le Golden Mile. Coincé dans son propre fantasme, il ne peut renoncer à le réaliser alors même que tout semble perdu et que la moitié de ses amis ont été tués.

Il est désespéré. Il est triste. Il veut mettre fin à ses souffrances. Et c’est malheureusement un sentiment que je connais bien. L’abandon, la solitude, le poussent à des comportements illogiques qui conduisent ses amis à leur perte. «It’s all I have left !» s’écrie-t-il dans la scène qui me tire les larmes à chaque fois. Il montre ses bras, on découvre ses tentatives de suicide, il raconte qu’il a perdu son optimisme, que la vie l’a abandonné et la jalousie qu’il ressent envers ses amis qui, selon lui, ont tout ce qu’il désire.
Je n’ai jamais fait de tentatives de suicide, mais l’envie m’est venue plusieurs fois. J’ai vu non seulement ma vie se casser la gueule, mais j’ai aussi vu mes rares moments de bonheur niés, broyés et effacés, ils n’avaient existé que pour moi. Voir à travers le regard de l’autre une personne pitoyable, médiocre, broyant les gens autour d’elle, ça finit par s’imprimer et il devient impossible de se voir autrement. Douter de soi à ce point rend extrêmement sensible aux critiques et il est très facile de sombrer, de perdre tout recul et de finir par être incapable de savoir ce qui est vrai. Et ça mène forcément à l’envie d’y mettre fin.
Et quand on commence à trouver son existence trop douloureuse pour être vécue, on cesse de se comporter rationnellement. Tenter de trouver dans sa vie ne serait-ce que le reflet du bonheur sans jamais y arriver conduit à causer beaucoup de dégats autour de soi et à soi-même.

Au final le film ne permet pas à Gary de se réparer vraiment. En fait il ne trouve le bonheur que parce que la destruction du monde lui permet de réaliser son fantasme égocentrique de redevenir le leader de sa bande de gosses et de vivre des aventures rocambolesques qui n’ont rien d’adultes.
On pourrait presque envisager qu’à partir de la scène où il veut frapper le mur tout se passe dans son imagination, tellement le reste du film est en fait une progression vers un univers qui donnerait un sens à sa vie.
N’ayant pas la possibilité de détruire le monde et me balader avec des robots se comportant comme la vision que j’ai des gens, je n’ai pas le choix, je dois aller de l’avant. Dépasser mes échecs et trouver de nouveaux buts. Redécouvrir qui je suis. On est la somme de nos expériences, les miennes sont un bordel sans nom, elles m’ont mené à ma propre fin du monde et j’ai pas encore compris comment vivre dans ce wasteland.

I’m Gary Fucking King.

Flyn.



I don’t want to set the World on Fire: http://www.youtube.com/watch?v=6l6vqPUM_FE

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(Source : hannahorvath)

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a-rose-by-the-pond:

of course chris is like nine, all serious and businisslike

david is like ten, all freaking out panic what even is car

and matt like eleven, driving off the tracks like a toddler on a sugar rush

(Source : dani-in-the-tardis, via abirdadragonandachippedcup)

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(Source : misterfilms)

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(Source : bartleting)

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(Source : capissen, via ninneve)

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dagger-kitsune:

The Pink Doctor by ~Bestiolina
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